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"Au-delà des montagnes …des hommes",
21/10/2006 16:23
| Collection “Villes et régions d’Algérie” |
Une belle tournée en Kabylie
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| La Dépêche de Kabylie 21/07/2006 |
L’art culinaire, le mode architectural, l’organisation sociale ainsi que les divers rituels caractérisant chaque coin d’Algérie sont superbement rassemblés dans un petit livret riche en couleurs et illustré avec de très magnifiques photos qui mettent merveilleusement en valeur la beauté spécifique de chaque région et reflètent l’âme de chaque parcelle d’Algérie.
Louable et surtout très belle initiative que celle lancée par les guides Addiwan, qui invitent à travers une collection baptisée "Villes et régions d’Algérie", le lecteur à se rendre, sans même se déplacer, dans les plus beaux coins d’Algérie pour non seulement se régaler des resplendissants paysages de notre pays et les multiples facettes de cette vaste Algérie mais aussi de se plonger dans l’histoire ancestrale de chaque région et de faire connaissance avec ses traditions, coutumes et différents rituels.
L’art culinaire, le mode architectural, l’organisation sociale ainsi que les divers rituels caractérisant chaque coin d’Algérie sont superbement rassemblés dans un petit livret riche en couleurs et illustré avec de très magnifiques photos qui mettent merveilleusement en valeur la beauté spécifique de chaque région et reflètent l’âme de chaque parcelle d’Algérie.
Faisant de la citation de Confucius qui disait qu’une image vaut mille mots sa devise, ce guide se veut à vocation photographique avec plein d’images que l’auteur a tenu à accompagner d’une légende avec des mots choisis de très grande portée poétique.
Pour entamer cette prometteuse collection qu’il faudrait absolument encourager, les éditions Addiwan ont consacré leur première édition à la Kabylie, avec sa montagne, nourricière et maternelle, qui a une représentation assez particulière pour le Kabyle rebelle et fier qui la considère comme son repère, son ancrage ancestral qui fut longtemps et dans les situations les plus pénibles de son histoire, un refuge protecteur, avec sa façade maritime, ce lien viscéral qui relie la Kabylie au monde méditerranéen et ses ruisseaux, cascades et barrages qui multiplient les coins de paradis dans cette région envoûtante.
Dans la partie texte de ce guide, le journaliste Djaoudet Gassouma qui a titré son écrit "Au-delà des montagneq…des hommes", s’est étalé sur l’histoire de ces "Cabalins, fiers et arrogants, venus des confins de l’Afrique de l’Ouest…de la rivière d’argent et du ruisseau rouge", depuis l’occupation romaine (146 avant J.C-439 après J.C), l’invasion vandale et byzantine jusqu’à l’arrivée des Français et la prise de la Kabylie dès 1857.
Une région a toujours fait preuve d’une farouche résistance avec des épopées qui ont vu naître des héros immémoriaux pour défendre cette région, à l’image de Takfarinas, Firmus, El Mokrani, Fadhma N’Soumeur et bien d’autres. Les vestiges que compte aujourd’hui cette région, avec ses villes mémoires, notamment Béjaia, l’antique Saldae et la maîtresse de la Méditerranée qui a prospéré sous l’ère des Hammadites et tiendra la dragée haute à Tunis et Kairouan, et ses royaumes, souvent discrets, à l’exemple du Royaume de Koukou dans le 16e siècle, témoignent de l’histoire riche de la Kabylie.
Dans la partie photos, appelée "Instantanés" et signée Smail Benhassir, ce dernier nous ramène, avec la plus belle des manières, dans les coins les plus surprenants de la Kabylie, à commencer par l’enchanteresse Tigzirt avec sa superbe côte et ses séculaires ruines, marque indélébile de la présence romaine, en passant par Bejaia et son fameux fort Gouraya, témoin du passage des Espagnols et sa notoire Casbah préserve sur ses flancs le souvenir de l’illustre passé hammadite, Seddouk et sa maison mémoriale de l’endurance où demeure le résistant de première heure, Cheikh Ahadadh, Kherrata qui reste la mémoire d’un douloureux souvenir, le symbole de l’inoubliable carnage du 8 mai 1945 et Ifri qui a abrité, un certain 20 Août. 1956, les acteurs du congrès de la Soummam.
Le reste du livret reflète la vie sociale en Kabylie et l’activité quotidienne, ses maisons comme disait Mouloud Feraoun "faites d’un assemblage de pierres, de terre et de bois", l’artisanat kabyle, poterie, bijoux et costumes, ses zaouïas qui exercent une forte attraction et ses saints auxquels on s’adresse comme à son destin ainsi ses fêtes synonymes de communion, de joie d’être et de solidarité.
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| par H.Hayet |
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Commentaire de PiP (21/10/2006 18:55) :
Semaine après semaine, je reviens sur votre site, si attachant.
Chaque fois, j'apprends un peu plus.
Chaque fois, je rève de venir vous rencontrer.
Continuez!
Cordialement,
Pip... au fond de l'Alsace
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La Société Kabyle
08/10/2006 06:26
L’espace que recouvre la Kabylie n'est fixé ni sur le plan géographique, ni sur le plan linguistique, ni sur le plan culturel. Pour certains, elle est cette aire berbérophone où se parle le Kabyle (dont la langue mère est le berbère) ; pour d'autres, elle va de la limite orientale de la Mitidja jusqu'au massif de Collo.Scindée en deux (Petite et Grande Kabylie) à l'époque coloniale, la Kabylie dépendait principalement du département de Tizi-Ouzou mais aussi des départements avoisinants (Alger, Constantine, Bône ... )
En 1974, une nouvelle organisation territoriale la découpe en trois wilayas (départements) : Bejaïa, Bouira et Tizi-Ouzou, trio auquel s'ajoutera en 1984 une autre wilaya, celle de Boumerdès dont dépendront désormais certaines régions rattachées auparavant à la wilaya d'Alger. Par delà ces frontières administratives, le pays kabyle s'étend aux régions de Sétif (Ait Yeâla, Mansoura, Guenzet,Ait ouartilane) et de Jijel. Berbérophones, les Jijeliens , bien qu'arabophones, se désignent qbayel hadra, "Kabyles citadins".En bref, pour parler de la Kabylie, je ne retiendrai que les critères géographiques suivants : le Djurdjura et les Babors.
La Kabylie du Djurdjura: est délimitée au Nord par la Méditerranée, à l'Est et au sud par la vallée de la Soummam, à l'ouest par Oued Isser. Elle est constituée d'une haute chaîne montagneuse, le plus souvent enneigée. Le massif calcaire du Djurdjura, telle une barrière contrôlant la vallée de la Soummam au sud, descend vers la Méditerranée par des sursauts montagneux. Son point culminant est de 2308 mètres.
La Kabylie des Babors, elle, désigne une région littorale que limitent à l'ouest la vallée de la Soummam, à l'est celle de l'Oued el-Kebir. Elle s'étend sur les wilayas de Bejaïa et de Jijel. Le massif des Babors atteint 2004 mètres, il est constitué d'assises jurassiques de calcaires liasiques qui prennent des formes variées. Dans cette région, la montagne tombe souvent à pic dans la mer et forme une côte très découpée appelée Corniche kabyle ou jijelienne, où l'on admire caps, falaises, presqu'îles et promontoires.
Organisation social
Les Kabyles désignent leur territoire par l'ancien terme berbère thamourth (la terre, la terre natale, la patrie, le pays). Leurs habitations, construites en dur, couvertes d'un toit de tuiles et généralement sans étage, sont groupées en villages qui tournent le dos à l'extérieur et ouvrent sur des sentiers étroits.
La société kabyle s'organise en cercles concentriques de fidélité. Son noyau est la famille étendue akham, qui est la plus petite cellule sociale. Elle ne se réduit pas seulement au groupe des époux et de leurs descendants directs, mais rassemble tous les agnats (parents descendant de la même souche masculine), de sorte que plusieurs générations sont réunies sous l'autorité d'un seul chef. L'unité d'habitat (les maisons des descendants d'un même ancêtre sont regroupées autour d'une cour commune) renforce la cohésion du groupe. Les familles regroupées forment le thakharrubth, dont les membres possèdent un ancêtre commun, qui remonte à la quatrième ou à la cinquième génération. L'adhrum est un groupe plus large encore, qui est formé d'un nombre variable de thakharrubth. Plusieurs idharman (pluriel d'adhrum) forment le village thaddarth avec sa djemaa (assemblée des citoyens en âge de porter les armes) et son lamin, agent d'exécution des décisions. Les villages se rassemblent ensuite en tribu : l'aârsh. Toutefois, des transformations d'ordre historique, politique et socio-économique exercent des forces centripètes sur les cercles les plus extérieurs de cette structure. Aujourd'hui, le village kabyle traditionnel n'existe plus. Après l'indépendance de l'Algérie, l'organisation des communes mit définitivement fin aux assemblées villageoises (dont le rôle avait déjà été réduit lors de la colonisation française), alors que le pouvoir issu du FLN s'employait à imposer l'usage de l'arabe au détriment du kabyle. La littérature kabyle???????bfiques, le thaqsit (poème épique), l'asfrou (poème lyrique) et l'izli (récit gaillard chanté). Quant aux contes, habités d'un bestiaire fantastique, ils exploitent surtout le registre du merveilleux. Dans chaque village formant en soi une petite "république", la Tadjemâat était l'institution politique qui régissait la vie communale. Composée de tous les hommes ayant atteint la majorité - n'y prenaient la parole que les notables, les vieillards et les chefs de famille - l'assemblée nommait l'amin [chef] du village, mandataire toujours révocable, qui gérait l'administration. La démocratie n'y était que de principe car deux ou trois familles, un çoff', emportaient toujours la décision. Conseil municipal, cour de justice et cour souveraine, la Tajemâat se référait, en cas de litige ou de problème, à des textes de lois, les "qanouns kabyles" qui définissent le moindre manquement et sa sanction. Société à filiation patrilinéaire, la Kabylie était régie par le code de l'honneur qui protège "la maison, les femmes, les fusils". Ces derniers, représentent en fait le groupe des agnats, les cousins dont la mort doit être vengée par le sang. Vivre en Kabylie donc, c'est vivre sous l'autorité du groupe où l'esprit de solidarité est fort développé. On peut donner l'exemple de la Tiwizi, corvée collective qui consiste à aider un villageois à ramasser dans la journée ses olives ou à bâtir sa maison. e est surtout orale. La poésie et le conte en sont les genres dominants. La poésie traite, au premier chef, de la guerre et de l'amour à travers des formes spéciales.
Mode de consommation
Le mode de consommation est de type continental (céréales et fruits). En dépit d'une importante façade méditerranéenne, on consomme très peu de poissons, ce qui explique la quasi-absence d'activités maritimes. La culture arbustive est très développée, malgré des sols ingrats, favorisée par l'abondance de la pluie. Aucun pouce de terre n'est perdu. Les collines et les crêtes sont recouvertes de frênes, de caroubier ApYs et de chênes à gland doux. Mais deux arbres sont particulièrement prisés : l'olivier et le figuier. Huile et figues sèches ont de tout temps constitué des articles de base de l'alimentation quotidienne.
La femme Kabyle
Parallèlement à un discours "misogyne" dominant, il existe un contre discours valorisant la femme kabyle qui la représente comme le soc de la maison (à l'origine de toute fécondité), la poutre maîtresse du foyer, etc...Les lois ancestrales sont néanmoins dures à son égard et cela pour des raisons historiques. En effet, au XVIlle siècle, certains combattants kabyles partis faire la guerre aux Espagnols trouvèrent, de retour chez eux, leurs femmes remariées et leurs terres propriétés des nouveaux maris. Les tribus des Igawawen se réunirent alors et décidèrent l'exhérédation des femmes. De nos jours, la jeune femme kabyle essai, de par son accès relatif aux études et au travail salarié, d'imposer une image et un statut différents.
Faits de civilisation Les différentes expressions de la culture kabyle véhiculées par le berbère - seule langue ancienne encore vivante dans le bassin méditerranéen s'inscrivent dans une civilisation millénaire. L’art reproduit ainsi des formes et des techniques qui remonteraient à l'Age de Bronze. Hexagramme et la croix boulée gravés sur les coffres kabyles (Gast, 1993) témoignent de la permanence de l'art berbère dont l'existence est vieille de plus de deux mille ans.
L'artisanat :
La bijouterie appartient à la grande famille des orfèvreries cloisonnées ou filigranées émaillées. Avec la sculpture sur bois en champlevé, elle est une activité masculine, à l'inverse du reste de l'artisanat.
En effet, exclusivement exécutées par les femmes, la poterie, le tissage (de haute lisse) et les peintures murales présentent des motifs réalisés en fonction des techniques requises par chaque activité. Leur signification, autrefois ésotérique, a fini par disparaître, sous l'effet d'une géométrisation avancée.
La culture :
Autant que l'expression artistique, la "littérature " kabyle, portée par l'oralité, est variée et possède un répertoire de formes narratives très riche comme les contes, les historiettes, les récits fondateurs, les mythes et les fables. Parmi les formes courtes, on distingue essentiellement le dicton, l'apophtegme, le proverbe et la devinette, souvent sollicités dans le cadre du discours soutenu ou quotidien (Aït Ferroukh, 1995). La poésie recèle différents genres scandés et/ou chantés. La danse, autant que le chant, y est diversifiée, ludique, rituelle et sacrée (Ait Ferroukh, 1993, 1994). En somme, la culture kabyle orale est fondée sur la tamusni, une sorte de connaissance pratique, manuelle et intellectuelle, combinaison entre la compétence (sagesse populaire, mémoire collective, pensée philosophique) et la performance (savoir-dire et savoir-faire). Capital accumulé par le groupe dans une tradition vivante, la tamusni, véhiculée dans une forme esthétique, confère à ses détenteurs une certaine fonction sociale et/ou politique.
La religiosité :
Le savoir local est aussi fondé sur les croyances et le système mythicorituel. En effet, la Kabylie, tout comme l'ensemble de la Berbérie, baigne dans une profonde religiosité. Le monde des humains n'y est pas dissocié du monde invisible dont le kabyle vénère les forces bénéfiques (puissances tutélaires ... ) et redoute les forces maléfiques (djinns et autres génies). Le sacré incarné par un accident topographique, une grotte, un arbre, occupe une place aussi importante que les éléments de théologie islamique (Aït Ferroukh, 1997).
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Sources: http://tadjenanet.free.fr/beni-ouartilene/bo-societe-kabyle.htm
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Guide touristique | La Kabylie : au-delà des montagnes, des hommes
07/10/2006 20:58
Tourisme
GUIDES D’ALGÉRIE DES ÉDITIONS AD-DIWAN
La Kabylie dans “la poche”
La collection de guides – touchant toutes les régions d’Algérie – des éditions Guides Ad-Diwan, vient de mettre sur le marché un précieux produit intitulé La Kabylie : au-delà des montagnes, des hommes.
On y trouve de très belles illustrations relatant les traditions ancestrales et des paysages magiques à vous couper le souffle que recèle cette région, accompagnées de beaux textes.
Cet ouvrage, sous la forme d’un livre de poche facile à manier, sera suivi d’une série d’autres guides qui traiteront de toutes les régions du pays, le Grand- Sud, les Aurès, le Constantinois, l’Oranie, etc.
Sources : Liberté - 07/10/2006
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Commentaire de PiP (11/10/2006 12:45) :
Quel est ce lac ?
Où est-il ?
Par chez vous, je ne vois pas...
Amicalement
PiP
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Commentaire de tassaft (12/10/2006 03:18) :
Ceci n'est pas un lac mais plutot un barrage du nom de "Taksebt" (10
km au sud-est de la ville de Tizi Ouzou) est un imposant ouvrage bordé par
les limites territoriales de 5 daïras : Tizi Ouzou, Larbaâ Nath Irathen, At
Yenni, Ouadhias, et Beni Douala.
Aujourd'hui,il offre un espace de détente pour des milliers
d'automobilistes ou de visiteurs , aidés en cela par la RN 30 qui
longe le contour ouest du barrage et permettant de multiples accès à ses
rivages.
Le barrage de Taksebt donne de l’eau H 24 aux habitants des wilayas
d’Alger, de Tizi Ouzou et de Boumerdès.
C'est un vrai site paradisiaque.
Pour la photo je l'ai pris au mois de Mai passé durant mon séjour en
Kabylie.
Merci encore pour votre visite sur notre blog et vos commentaires.
A r tufat.
Arezki
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Grande Kabylie et traditions
06/10/2006 09:21
La grande Kabylie : L’assemblée villageoise consensuelle
Dans les organisations politiques traditionnelles du village, ce sont les familles et non les individus qui sont représentés, et l’autorité de chaque participant à l’assemblée des hommes du village, la jemaâ, est, en premier lieu, fonction de la réputation de sa famille, du nombre d’hommes qu’elle comporte, et aussi de sa compétence personnelle dans l’art oratoire.
Car les décisions y sont traditionnellement prises au consensus, après que les hommes ont longuement discuté et jusqu’à ce que tous se rallient à une seule et même opinion, celle qui, la mieux défendue, a emporté la conviction et sera suivie de décision. C’est ainsi que les hommes d’âge, chefs de familles importantes (les iqurray n’taddart « têtes de village » ou « chefs »), pourvu qu’ils soient doués de sagesse et, surtout, de tamusni, « science du discours », ont, dans le passé, été les mieux entendus, réalisant une véritable gérontocratie. L’assemblée des hommes du village, la jemaâ , a toujours été la seule instance organisée de façon constante, avec des réunions périodiques régulières, dans un bâtiment propre, la tajmaât « maison des hommes » ; l’assistance y est obligatoire pour tous les hommes et représentants de chaque famille du village (à l’exclusion des femmes, sauf cas exceptionnel). La jemaâ décide des lois que le village se donne et sanctionne par des amendes les manquements à ces lois, commis par les membres du village, homme, femme ou enfant ; elle assure et gère aussi l’entretien des terres, chemins, bâtiments communs, des fontaines. C’est ainsi le consensus villageois, à défaut de majorité et de minorité et sans vote, qui résout et décide, à l’unanimité de principe, des affaires administratives, juridiques et politiques de chaque village. Cependant, puisque la langue tamazight ne dispose pas de l’écrit, l’oralité des affaires et des lois a toujours permis une grande souplesse d’adaptation selon l’occasion : rien n’a jamais été figé, tout a toujours été débattu, négocié, et, selon l’opportunité, adapté; il suffisait, pour cela, que tous les villageois se mettent d’accord. L’assemblée elle-même était présidée le plus souvent par l’amin, chef temporaire du village, le plus souvent le patriarche d’une famille honorable, respecté pour sa sagesse. Il n’y avait pas d’instance supérieure régulière. Un conseil de tribu, réunissant les responsables des différents villages pouvait être réuni lorsqu’un conjoncture particulière le requérait : un casus belli, une volonté de sécession d’un village, ou le désir d’adhésion d’un autre, une atteinte à l’honneur tribal ; mais, à ce niveau de l’aârch, la tribu, rien de régulier n’existait.
Aujourd’hui, la pression d’une jeunesse nombreuse
Ces jemaâs ont survécu jusqu’à aujourd’hui, malgré la guerre et la mise en place de structures administratives. Or, la gérontocratie d’autrefois s’y est trouvée dépassée. Car la population de Kabylie a beaucoup changé dans sa composition, du fait des multiples évènements du siècle dernier. En effet, l’émigration en France a très tôt séduit les hommes kabyles, poursuivant ainsi leurs déplacements traditionnels jusqu’en dehors du Maghreb. Ils ont été d’autant mieux à même d’aller travailler en France, qu’une politique de scolarisation en français a été, depuis la fin du XIXè siècle, tout particulièrement mise en place en Kabylie par le gouvernement français, plus précocement en Kabylie en l’absence de colonisation, que dans les autres régions d’Algérie où les colons s’opposaient à la scolarisation des indigènes. Très tôt, dès les années 1900-1910, des Kabyles ont été chercher jusqu’au delà de la mer, dans les usines marseillaises, parisiennes, ou dans celles des régions du nord ou de l’est de la France, les compléments de ressources que leur terre de Kabylie ne parvenait pas à leur fournir en suffisance. Les émigrants ont été, bientôt, surtout des jeunes hommes scolarisés, aptes à lire et écrire en français.
En conséquence de l’émigration et l’indépendance : beaucoup de jeunes
Ce fut d’abord ce que l’on a appelé « l’émigration noria », organisée par les familles, où un frère remplaça l’autre pour quelques années, souvent du plus âgé jusqu’au plus jeune, avant de revenir se marier au pays. Puis les hommes ont émigré plus durablement, pour une dizaine d’années ou plus, dans ce que l’on désignait, en Kabylie, comme « partir travailler à gagner de l’argent », mais toujours pour envoyer régulièrement les mandats à la famille, parents, frères et soeurs, femme et enfants, restés au pays. Sur ces entrefaites, la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962) a pérennisé plusieurs années cette immigration masculine, tout en aggravant le déficit masculin sur place, en Kabylie, en ponctionnant sévèrement en hommes, victimes de guerre, la population locale. Enfin, plus tard, tout a changé à partir de 1975, où l’immigration dite « de travail », d’hommes seuls, a été interdite, tandis qu’était autorisé le seul « regroupement familial ». Les femmes ont alors rejoint leurs maris, puis les enfants ont suivi, ou sont nés en France. Ce changement de nature de la population kabyle immigrée en France a, en Kabylie, privé les familles étendues et nombreuses restées au pays, non plus seulement d’un ou deux hommes seuls, mais les a amputées d’un foyer conjugal qui en France, s’est installé durablement, avec un niveau de vie nettement supérieur à celui de Kabylie. Alors, les mandats envoyés à la montagne se sont faits moins réguliers, plus rares, leurs montants moins élevés, et le transfert de fonds de France en Algérie a considérablement chuté. Si bien que les hommes actifs, en même temps que les revenus de l’émigration et les ressources, ont bientôt commencé à faire défaut au pays. Et pourtant, en Algérie même, les familles kabyles, appauvries, ont encore, dans la vague démographique qui a suivi l’indépendance, vu naître de nombreux enfants qui ont survécu du fait de la réduction de la mortalité, comme du fait des émigrés de retour qui, souvent, se sont remariés à la fin de leur vie de travail à l’heure de la retraite et ont eu, sur place, de nouveau enfants, ou, du fait, plus simplement, des hommes et femmes restés en Algérie, jeunes devenus adultes. Car l’Etat algérien a attendu très longtemps avant de lancer et développer des campagnes de limitation des naissances, de sorte que, les conditions sanitaires s’améliorant, la mortalité infantile a régressé et la natalité a considérablement augmenté, jusqu’à faire prendre finalement conscience, aux autorités, de l’augmentation inquiétante du nombre des jeunes, prélude à un futur problème de la jeunesse. Si, après l’introduction de la contraception, la scolarisation accrue, y compris celle des fillettes, et les multiples changements dans les mentalités, la natalité diminue aujourd’hui réellement de façon spectaculaire, il n’en reste pas moins que le pic des naissances des années passées se ressent encore dans la pyramide des âges : au point que les jeunes de moins de 25 ans représentent, en 2001, 57 % de toute la population algérienne. En l’absence de nombreux hommes émigrés, ce sont ces jeunes qui, très nombreux et dynamiques, prennent à présent place sur la scène politique.
Les jeunes raniment les jemaâs villageoises où ils prennent le pouvoir
Désormais, dans les assemblées villageoises et même dans les rues des villages et des villes kabyles, ces jeunes sont très nombreux. Or, privés de possibilité d’émigrer, ils sont aussi privés de possibilité de travail, car le chômage sévit dramatiquement. Ils ne trouvent pas leur place dans l’agriculture ou l’artisanat local, jugés non rentables et de plus en plus abandonnés, non plus que dans l’activité nationale où ils ne peuvent être intégrés, si bien qu’ils demeurent aujourd’hui marginalisés. Alors, ils veulent faire entendre leur voix, réclamer leur place dans la société algérienne. Ils n’hésitent pas à prendre souvent la parole, et aussi le pouvoir, puisque, dans les assemblées, leurs voix conjuguées, leur détermination, leurs revendications, coïncident avec l’insatisfaction générale en Kabylie, si bien qu’ils emportent souvent l’adhésion.Or, dès l’indépendance en 1962, l’Etat algérien avait laissé ranimer officieusement les assemblées villageoises, croyant calmer cette Kabylie volontiers frondeuse qui n’avait guère été récompensée de sa massive participation à la lutte pour l’indépendance. Il est à penser qu’alors, et jusqu’encore aujourd’hui, l’Etat a prudemment jugé préférable de concéder ces expressions politiques, organisées sur le mode de la parenté sans dépasser le cadre du village, plutôt que d’encourager le développement de partis plus larges, fondés sur une adhésion à un programme préétabli, et aptes à réunir un plus grand nombre de partisans individuels, structurant un plus vaste mouvement, de dimension régionale, voire éventuellement nationale. Toujours est-il qu’aujourd’hui, du fait, ou non, de la bienveillance du pouvoir, les jeunes ont choisi de se réunir selon les modalités traditionnelles de ces jemaâs anciennes, qu’ils estiment encore constitutives de leur identité kabyle, et expressives des valeurs fraternelles et égalitaristes de leur culture.
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Source: http://matoub.kabylie.free.fr/kabylie/grande-kabylie/grande-kabylie-2.htm
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Commentaire de khaled ould hamouda (18/02/2007 10:53) :
aujourd'hui le village est livré a lui meme sans la djemaa faute de
sages personnes agées ou jeunes. il ya une certaine méfiance a
l'interieur meme des familles,votre association, personnellement je
l'ai découverte par hasard sur le net, il faut etre sur le terrain.
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